
Présenté comme une opportunité de désescalade entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, l’accord signé depuis le jeudi 4 décembre 2025 dans la capitale américaine devait ouvrir une nouvelle phase diplomatique entre les deux pays
La médiation américaine avait un objectif clair : réduire les tensions politiques et sécuritaires entre la RDC et le Rwanda dont les relations sont profondément détériorées depuis plus d’une décennie. L’accord signé entre les deux pays repose sur quatre piliers essentiels : le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la cessation de tout soutien aux groupes armés opérant dans l’est de la République démocratique du Congo, le renforcement de la coopération diplomatique et sécuritaire, ainsi que l’instauration d’un dialogue politique visant à restaurer la confiance entre Kinshasa et Kigali.
Pour la RDC, cette avancée représentait surtout une opportunité diplomatique : montrer à la communauté internationale sa volonté de résoudre la crise par la médiation, tout en dénonçant les causes profondes de l’instabilité dans l’Est.
Des violations dénoncées par Kinshasa
Mais l’espoir d’un apaisement rapide s’est vite heurté à la réalité. Selon les autorités congolaises, le Rwanda n’aurait pas respecté les engagements pris à Washington, notamment en ce qui concerne la situation sécuritaire sur le terrain.
Le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi lui-même est monté au créneau pour dénoncer dans plusieurs prises de parole publiques, démontrant que les actes observés ne correspondaient pas aux promesses faites de l’esprit et de la lettre de l’accord. Pour le chef de l’État congolais, la signature ne suffit pas : seuls les actes doivent compter. Du co^té congolais, le message est resté clair : on ne peut parler de paix, de commerce ou d’intégration régionale pendant que les engagements sécuritaires ne sont pas respectés.
Cette position de Félix-Antoine Tshisekedi vise aussi à montrer que la RDC ne veut plus d’accords symboliques, mais des engagements suivis d’effets concrets. « Le lendemain même de la signature de l’accord, des unités de force de défense du Rwanda ont conduit et appuyé des attaques à l’arme lourde tirées depuis le Rwanda dans la ville de Bugarama, provoquant de lourds dégâts humains et matériels notamment dans les localités de Kaziba, Katogota, et Lubarika au Sud-Kivu, rompant ainsi le cessez-le-feu » , avait-il affirmé, dans son message adressé à la nation, le 8 décembre 2025 au palais du peuple à Kinshasa.
La RDC hausse le ton pour le respect des engagements et la reconnaissance internationale du génocide
Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’Etat congolaise en charge des Affaires étrangères, a insisté sur la nécessité d’un respect strict de l’accord. La ministre a rappelé que la RDC agit dans le respect du droit international, tout en incriminant le Rwanda pour des violations répétées des accords, responsables de nombreuses pertes humaines, restées impunies.
La RDC ne veut plus d’accords symboliques
« La stabilité de la région des Grands-Lacs ne peut être compromise par la banalisation de violations aussi manifestes, du fait de la spoliation des ressources minières congolaises de la part d’un seul État, le Rwanda, toujours impuni », a-t-elle déclaré lors de la 1321ᵉ réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.
Renforçant ces propos auprès de l’opinion publique, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias de la RDC a expliqué que le Congo ne se situe pas dans une logique de provocation, mais dans une démarche de vérité, visant à dénoncer les violations afin d’éviter que l’accord ne se réduise à une façade diplomatique. « Nous attendons le retrait effectif des troupes rwandaises de l’ensemble des zones occupées de notre territoire », a-t-il martelé le 12 décembre 2025, au lendemain de la chute de la ville d’Uvira (province du Sud-Kivu), à l’est de la RDC.
Alerter l’opinion internationale et rassurer les congolais
L’accord repose sur la bonne foi des parties. Or, dans ce contexte précis entre les deux pays, marqué par des années de méfiance et de conflits, la bonne foi est largement contestée.
Pour de nombreux observateurs, le risque est que celui-ci ne devienne qu’un outil politique, sans réel impact sur la sécurité des populations dans l’Est de la RDC. Cette situation s’inscrit également dans un combat plus large mené par la RDC : la reconnaissance internationale des massacres et crimes de masse commis sur son territoire, souvent désignés par Kinshasa comme un génocide oublié.
Pour les autorités congolaises, le non-respect des accords et l’instabilité persistante renforcent l’idée que la souffrance du peuple congolais n’est pas suffisamment prise en compte au niveau international. La diplomatie congolaise tente ainsi de lier la question sécuritaire actuelle à une reconnaissance plus large des responsabilités historiques et contemporaines.
Un test de crédibilité pour la diplomatie américaine face à un Rwanda inflexible?
A travers l’accord de Washington la communauté internationale doit désormais démontrer qu’elle ne se contente pas de signatures symboliques. Parce que la fiabilité de la médiation américaine est mise à l’épreuve, Donald Trump doit s’assurer du respect des obligations en sanctionnant toute violation.
Depuis la signature de l’accord, le Congrès américain a évoqué de nouvelles mesures législatives si Kigali ne respecte pas ses engagements. À l’issue d’une réunion entre le président congolais et la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants mercredi le 4 février 2026, Chris Smith, président de la sous-commission Afrique, a affirmé que les États-Unis pourraient durcir leur position face au Rwanda, accusé de soutenir les rebelles du M23 dans l’Est de la RDC.
La stabilité de la région des Grands-Lacs ne peut être compromise
De son côté, Paul Kagame n’est pas resté silencieux. Le président rwandais a affirmé ne pas céder face aux menaces de sanctions de la communauté internationale. C’était le 7 février lors d’une interview à Radio France Internationale (RFI) : « Parfois, on se sent étouffé, mais je préfère m’étouffer en défiant ces menaces et en vous disant d’aller en enfer. Vous ne pouvez pas créer des problèmes, me rendre responsable, et ensuite, commencer à me menacer. La conversation finit par tourner aux menaces, au lieu de s’attaquer au problème »

Deux jours plus tôt, le 5 février à Washington, à l’occasion de la table-ronde économique organisée par la Chambre américaine de commerce internationale, le chef de l’Etat congolais est resté ferme. Pour lui, en matière de partenariats commerciaux, « la RDC est prête pour les affaires », tout en soulignant que chaque dollar investi participe directement à la consolidation de la paix et à la prospérité du peuple congolais.
Pour la RDC, l’enjeu est simple : sans respect des engagements, il n’y aura ni confiance ni paix durable.
Océane Muakuya pour AAFC
