
L’ annonce a été faite par Emmanuel Macron lors du panel consacré aux industries culturelles et créatives, le 11 mai à Nairobi, au Kenya, en présence notamment de Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie de la Côte d’Ivoire, et de Souleymane Bachir Diagne, philosophe et universitaire sénégalais.
Cette réforme majeure s’inscrit dans une thématique centrale du partenariat entre la France et les pays africains. Après plusieurs étapes parlementaires, la loi relative à la restitution des biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite, notamment durant la période coloniale, a été définitivement adoptée par le Parlement français le 7 mai 2026, à la suite d’un vote unanime du Sénat.
Elle constitue un instrument législatif majeur, marquant une nouvelle étape dans la simplification et la fluidification des procédures de restitution, ainsi que dans le renforcement de la coopération culturelle entre la France et les pays africains.
Un cadre juridique élargi pour les restitutions
Le texte concerne principalement les biens culturels intégrés dans les collections françaises entre 1815 et 1972, période couvrant une large partie de l’expansion coloniale française jusqu’à la convention de l’UNESCO sur le trafic illicite des biens culturels.
Parmi les objets concernés figurent notamment :
- des statues
- des masques
- des objets rituels
- des trésors royaux
- des instruments sacrés
- des œuvres archéologiques
Jusqu’à présent, chaque restitution nécessitait une loi spécifique. Le nouveau dispositif introduit un cadre général permettant d’accélérer les procédures et d’éviter des votes parlementaires au cas par cas.

Une réforme inscrite dans la continuité de Ouagadougou
Cette loi s’inscrit dans la continuité du discours prononcé par Emmanuel Macron à Ouagadougou en 2017, dans lequel il affirmait sa volonté de créer les conditions du retour du patrimoine africain vers son continent d’origine.
Le projet a été porté par le ministère de la Culture, dirigé par Rachida Dati. Il s’appuie également sur les travaux du rapport remis en 2018 par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, qui recommandait une politique de restitutions durables des œuvres africaines acquises dans un contexte colonial.

Des restitutions déjà engagées avec le Bénin et la Côte d’Ivoire
Le Bénin constitue l’un des exemples les plus emblématiques de cette dynamique. En 2021, 26 œuvres issues du célèbre « trésor de Béhanzin » ont été restituées par la France et transférées du musée du quai Branly à Paris vers Cotonou.
Ces œuvres, provenant principalement du royaume du Dahomey, comprennent notamment :
- des statues de rois (Ghézo, Glèlè, Béhanzin)
- des trônes et sièges royaux
- des objets rituels et cultuels
- des pièces cérémonielles et sacrées
Après leur restitution, elles ont été exposées au Palais de la Marina à Cotonou en 2022, avant d’être progressivement intégrées au projet du futur musée d’Abomey.
Ce processus ne se limite pas à ces 26 œuvres : d’autres demandes sont en cours, tandis qu’un travail d’inventaire scientifique et de coopération entre institutions se poursuit.

Le cas du tambour Ébrié restitué à la Côte d’Ivoire
Dans la même dynamique, la Côte d’Ivoire a obtenu en 2026 la restitution du « tambour parleur » ou tambour Ébrié, conservé pendant plusieurs décennies en France.
La ministre Françoise Remarck a joué un rôle central dans ce dossier, en assurant le pilotage diplomatique et culturel de la demande ivoirienne. Elle a notamment coordonné les échanges avec les autorités françaises et suivi les questions liées à la conservation et à la valorisation de l’objet.
La restitution, effectuée au musée du quai Branly-Jacques Chirac en présence de Rachida Dati, a été présentée comme un geste fort de coopération culturelle et de reconnaissance historique entre les deux pays.
Objet patrimonial majeur de la culture atchan (ébrié), le tambour est considéré comme un symbole de communication et d’autorité dans les sociétés traditionnelles ivoiriennes.

Des critiques persistent
Malgré cette avancée saluée par de nombreux acteurs culturels et diplomatiques, certaines critiques demeurent. Des universitaires et responsables africains estiment que le dispositif pourrait rester insuffisant sur plusieurs points.
Ils soulignent notamment :
- la longueur potentielle des procédures ;
- la difficulté pour certains États de fournir des preuves historiques détaillées ;
- les débats autour des standards internationaux de conservation et d’exposition ;
- l’absence de restitution automatique pour l’ensemble des œuvres acquises durant la période coloniale.
Au-delà des débats juridiques et patrimoniaux, cette loi relance plus largement la réflexion sur les relations entre l’Europe et l’Afrique, la mémoire historique et la place du patrimoine culturel dans les relations diplomatiques contemporaines.
Elle s’inscrit ainsi dans un champ plus large de questionnements, où se croisent enjeux de justice historique, diplomatie culturelle et redéfinition des partenariats entre les deux continents.
Carmen Féviliyé

