
Le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, effectuera une visite d’État en France le 20 juillet 2026, à l’invitation du président Emmanuel Macron. Cette rencontre, la première depuis la fin de la transition politique au Gabon, marque une étape importante dans la redéfinition du partenariat entre Libreville et Paris.
Pour la France, cette visite constitue avant tout une reconnaissance de l’aboutissement du processus de transition engagé au Gabon après les événements d’août 2023. Les autorités françaises soulignent le respect du calendrier politique annoncé par Libreville et entendent désormais inscrire la relation bilatérale dans une logique de partenariat renouvelé, fondé sur le dialogue et les intérêts mutuels.
Une coopération économique renforcée sera au cœur des échanges entre les deux chefs d’État. Plusieurs secteurs stratégiques sont concernés, notamment l’énergie, les infrastructures, le numérique, les transports ferroviaires et les ressources minières. L’un des dossiers majeurs concerne la transformation locale du manganèse gabonais. Un protocole d’entente pourrait être signé entre les autorités gabonaises et le groupe minier Eramet, principal actionnaire de la Comilog, afin de favoriser une plus grande valorisation de cette ressource sur le territoire gabonais.
Cette orientation répond à une demande croissante des pays africains de développer davantage de chaînes de valeur locales et de promouvoir une industrialisation créatrice d’emplois.
Une nouvelle architecture de défense
La visite s’inscrit également dans la poursuite de la réforme de la présence militaire française en Afrique. Après la fermeture de la base française au Gabon, Paris et Libreville travaillent à un nouveau cadre de coopération centré sur la formation, le renforcement des capacités et la sécurité maritime.
Les discussions porteront également sur l’avenir du camp de Gaulle et sur la rétrocession progressive de certaines infrastructures aux autorités gabonaises. Cette évolution illustre la volonté française de rompre avec l’ancien modèle des bases permanentes pour privilégier un partenariat davantage fondé sur les besoins exprimés par les États africains.
Le bassin du Congo, enjeu stratégique commun
La protection de la forêt du bassin du Congo figurera également parmi les priorités de cette visite. Considéré comme le deuxième massif forestier tropical au monde, ce « poumon de l’Afrique » représente un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique.
La France entend poursuivre son soutien à travers le « Country Package », un mécanisme d’assistance financière, technique et technologique destiné à accompagner les politiques de préservation des forêts gabonaises. Les deux présidents devraient également évoquer les questions liées à la protection des océans et à la gouvernance environnementale internationale.
La question de la dette et des réformes économiques
Les échanges devraient aussi porter sur les discussions entre le Gabon et le Fonds monétaire international (FMI). Paris encourage Libreville à poursuivre ses efforts de transparence financière afin de faciliter la conclusion d’un accord avec l’institution de Bretton Woods, considéré comme un levier important pour attirer de nouveaux financements internationaux.
Au-delà des enjeux politiques et économiques, cette visite mettra également en lumière la profondeur des liens humains entre les deux pays, marqués par une importante diaspora et de nombreux binationaux.
Le programme officiel comprendra un entretien à l’Élysée, une cérémonie de signature d’accords ainsi qu’un dîner d’État. Le lendemain, le président gabonais se rendra au Mont-Valérien pour un moment de recueillement et un dépôt de gerbe au pied de la Croix de Lorraine.
Vers une nouvelle doctrine africaine de la France
À travers cette visite, Emmanuel Macron poursuit la transformation de la politique africaine de la France, déjà mise en avant lors du sommet Africa Forward de Nairobi. Paris souhaite désormais privilégier des partenariats « d’égal à égal », davantage orientés vers l’investissement, la formation, la valorisation locale des ressources et les enjeux globaux tels que le climat ou la sécurité.
La visite de Brice Oligui Nguema apparaît ainsi comme un symbole de cette nouvelle phase des relations entre la France et l’Afrique centrale, dans un contexte de recomposition des équilibres diplomatiques et économiques sur le continent.
Carmen Féviliyé
