
Réunis le 7 février au Sénat à Paris, les acteurs politiques opposés au Parti Congolais du Travail (PCT) ont tenté de poser les bases d’une convergence politique en vue de l’élection présidentielle de mars 2026. Cette initiative, portée par l’avocat congolais Brice Nzamba, a toutefois mis en lumière les divisions persistantes au sein des forces d’alternance et la difficulté à faire émerger une voix forte face au président sortant Denis Sassou N’Guesso, candidat déclaré du PCT, parti au pouvoir depuis plusieurs décennies. Une conférence à forte portée symbolique dans un contexte éléctoral qui semble gagné d’avance.
Le calendrier électoral est désormais établi, avec un premier tour prévu le 15 mars 2026. Le président sortant, Denis Sassou N’Guesso, est candidat déclaré du Parti Congolais du Travail (PCT). Dans ce contexte, l’élection présidentielle semble largement verrouillée, les forces d’alternance peinant à faire émerger un leadership unifié en mesure de concurrencer le pouvoir en place.
Ce qui est perceptible : Deux candidats présents, une opposition fragmentée. Destin Gavet (Mouvement Républicain), Mabio Mavoungou-Zinga (Alliance), se présentent aux élections de mars 2026 entourés d’autres représentations politiques : le RDD de Jean-Jacques Yhombi-Opango, la Délégation permanente des Congolais de l’étranger, 4ème plateforme de la fédération de l’opposition congolaise (FOC) avec Jean-Noel Mabiala, président. Deux prises de parole notables du RDP- Maba Ma Ntseke, parti né des cendres de l’UDH-Yuki avec Guy Michel Balossath, ainsi que le PSDC, dont le président Clément Miérassa, ancien ministre, est intervenu en ligne depuis Brazzaville.
La conférence a toutefois été marquée par l’absence de formations majeures de l’opposition, notamment l’UPADS, qui n’a pas présenté de candidat, et le CNR de Frédéric Bintsamou Ntumi, dont la candidature prétendûment annoncée courant janvier, vient d’être annulée. Ces absences ont renforcé le constat d’une opposition qui paraît fragmentée.

Des débats francs, un constat partagé, et les échanges ont mis en évidence le caractère tardif de l’initiative, lancée à quelques semaines de l’ouverture de la campagne électorale. Si l’idée d’un front commun fait consensus sur le principe, de profondes divergences subsistent quant à sa faisabilité pour mars 2026.
Un accord minimal s’est néanmoins dégagé sur la nécessité de travailler à une convergence pour les législatives de 2027 et préparer une candidature unifiée et/ou diversifiée pour la présidentielle de 2031.
Pour 2026, l’hypothèse d’une candidature unique ou divrsifiée semble compromise, avec deux candidats qui se maintiennent en lice.
Une déclaration finale et des perspectives incertaines?
La conférence s’est achevée par l’annonce de certaines mesures : la création d’un comité de concertation regroupant les partis politiques et la diaspora, le lancement d’un lobbying politique et institutionnel d’envergure l’international — en particulier en France et en Europe — et un appel à toutes les forces de l’opposition à rejoindre cette dynamique.
Dans sa déclaration finale, le Comité a souligné que depuis le retour au pouvoir de Denis Sassou N’Guesso en 1997, la République du Congo est enfermée dans un système verrouillé. Les élections y sont non transparentes, les oppositions systématiquement exclues, l’armée détournée de sa mission républicaine, et les libertés publiques restreintes. Toujours selon la déclartion finale, cette situation a plongé le pays dans une impasse politique et sociale profonde, marquée par la perte de confiance des citoyens et l’appropriation des institutions par le pouvoir en place.

Face à cette réalité, le Comité appelle à l’union de toutes les forces d’opposition autour d’une plateforme commune, afin de créer un rapport de force politique capable d’instaurer une transition démocratique, de reconstruire l’État, de rétablir la séparation des pouvoirs et de redonner à l’armée son rôle régalien. Le comité coordonnera le lobbying, les propositions et les actions, tout en mobilisant le peuple congolais et l’ensemble de l’opposition vers un objectif unique : mettre fin au pouvoir de Denis Sassou N’Guesso et ouvrir une nouvelle ère démocratique pour le Congo.
Une mobilisation en demi-teinte, néanmoins
Malgré l’enjeu, la faible affluence observée au Sénat, interroge. Peu de Congolais de la diaspora ont répondu présents, alimentant le sentiment d’une lassitude politique et d’un manque de confiance envers une opposition jugée peu visible et réactive essentiellement à l’approche des échéances électorales.
Le défi reste toujours entier. En effet, cette conférence aura surtout confirmé une réalité persistante : à un mois de la présidentielle, l’unité reste le principal défi de l’opposition congolaise. Entre volonté affichée d’alternance politique et démocratique et incapacité à s’organiser, la question demeure ouverte : l’opposition pourrait-elle encore transformer l’essai politique en 2026, ou devrait-elle reporter ses ambitions à l’horizon 2031 ?
Des observatateurs estiment que la République du Congo illustre les défis de gouvernance en Afrique centrale. Depuis 1997, le verrouillage du processus électoral et l’exclusion de l’opposition ont transformé les élections en instruments de perpétuation du pouvoir, fragilisant la crédibilité des institutions. La création d’un comité de concertation des oppositions crédibles pourraientt instaurer un rapport de force capable de rétablir l’alternance démocratique, avec des implications pour la stabilité et les relations géopolitiques dans le Bassin du Congo.
Carmen Féviliyé
