Jean-Paul Pigasse, une vie au service de la presse africaine

Jean-Paul Pigasse et une partie de son équioe célébrant la réussite d'une du stand Livres et auteurs du Bassin du Congo lors de l'édtion 2011 du Salon du livre international Porte de versailles @DB
Jean-Paul Pigasse et un partie de son équioe célébrant la réussite d’une du stand Livres et auteurs du Bassin du Congo lors de l’édtion 2011 du Salon du livre international Porte de versailles @DB

La presse congolaise, africaine et francophone est en deuil. Avec la disparition de Jean-Paul Pigasse le 11 juillet en France, c’est une page importante de l’histoire des médias et de la culture du bassin du Congo qui se tourne

Fondateur du groupe ADIAC et du quotidien Les Dépêches de Brazzaville, Jean-Paul Pigasse laisse derrière lui une œuvre considérable. Pendant près de trente ans, cet homme de médias français, profondément attaché au Congo qu’il considérait comme sa seconde patrie, a consacré son énergie à promouvoir le pays et l’Afrique centrale à travers de multiples initiatives.

Le parcours de Jean-Paul Pigasse au Congo est indissociable de la relation d’amitié et de confiance qu’il entretenait avec le président congolais Denis Sassou N’Guesso. Convaincu de la nécessité de mieux faire connaître les réalités du pays, il a contribué, à travers ses médias, à porter les grands enjeux politiques, économiques, environnementaux et culturels du Congo sur la scène internationale.

Un homme de presse au service du Congo

Avec la création de l’Agence d’information d’Afrique centrale (ADIAC), puis des Dépêches de Brazzaville, il a donné naissance à l’un des principaux groupes de presse d’Afrique centrale. Le quotidien est progressivement devenu une référence régionale, formant plusieurs générations de journalistes et offrant une tribune aux débats sur le développement, la gouvernance, l’économie, la culture et l’environnement. Pour de nombreux journalistes, Jean-Paul Pigasse fut également un mentor, un homme exigeant et pragmatique, profondément convaincu de l’importance de l’information et du rôle des médias dans la construction des sociétés africaines.

Bâtisseur d’institutions culturelles, l’ambition de Jean-Paul Pigasse dépassait largement le cadre de la presse. Valorisant la littérature et la culture du Congo et de l’Afrique centrale, il est à l’origine du prestigieux stand vert « Livres et Auteurs du Bassin du Congo », devenu au fil des éditions du Salon du livre de Paris une véritable vitrine des lettres africaines pendant plusieurs années. Ce stand a accueilli de nombreuses personnalités congolaises, africaines et du monde, contribuant au rayonnement international des auteurs africains.

Une partie du Stand Livres et auteurs du Bassin du Congo au Salon International du livre, édition 2011@DB
Une partie du Stand Livres et auteurs du Bassin du Congo au Salon International du livre, édition 2011@DB

 

Cette ambition s’est également matérialisée par la création de la Librairie-Galerie Congo au 23 rue Vaneau dans la 7ème arrondissement de Paris, devenu une véritable maison du Congo en France, accueillant écrivains, artistes, universitaires, diplomates et membres de la diaspora autour de conférences, de dédicaces, d’expositions et de débats sur les grands enjeux géopolitiques, culturels et économiques de l’Afrique. Au 38, rue Vaneau, se trouvaient les bureaux des Dépêches de Brazzaville, véritable vitrine de l’information congolaise à l’international et lieu d’accompagnement des initiatives de la diaspora. À quelques numéros de là, au 26, rue Vaneau, était installée la revue Géopolitique africaine, dirigée par l’ancien ambassadeur Henri Lopes.

L'équipe de la librairie-galerie Congo avec l'ancien ministre de l'enseignement Supérieur, Ange Abena, @DB
‘équipe de la librairie-galerie Congo avec l’ancien ministre de l’enseignement Supérieur, Ange Abena, @DB

Ces différentes adresses, toutes situées, rue Vaneau dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, faisaient de cette voie un véritable pôle de la vie intellectuelle, médiatique et culturelle congolaise à Paris au début des années 2010.

Bien plus, la librairie-galerie Congo était devenu une véritable maison du Congo en France, accueillant écrivains, artistes, universitaires, diplomates et membres de la diaspora autour de conférences, de dédicaces, d’expositions et de débats sur les grands enjeux géopolitiques, culturels et économiques de l’Afrique.

Le comédien congolais Fortune Bateza devant les bureaux des Dépêches de Brazzaville au 38 de la rue Vaneau à Paris@CF
Le comédien congolais Fortune Bateza devant les bureaux des Dépêches de Brazzaville au 38 de la rue Vaneau à Paris@CF – 2011

Au Congo, au-delà des Dépêches de Brazzaville, Jean-Paul Pigasse a poursuivi son engagement en faveur du livre avec les Éditions Les Manguiers, dédiées à la promotion des auteurs africains et à la diffusion du savoir .Avec le Musée du Bassin du Congo, il s’est attaché à préserver le patrimoine et la mémoire collective de l’Afrique centrale. La création de l’Imprimerie du Bassin du Congo témoigne également de sa volonté de doter la sous-région d’outils modernes de production éditoriale et culturelle.

Son engagement s’est également traduit par son implication dans le rapatriement à Brazzaville des restes de l’explorateur franco-italien Pierre Savorgnan de Brazza, dont la capitale congolaise porte le nom, ainsi que dans la valorisation du mémorial qui lui est consacré. Convaincu que le développement d’un pays repose aussi sur la préservation de son histoire, Jean-Paul Pigasse a constamment œuvré en faveur de la transmission de la mémoire.

Une carrière forgée dans les grands médias français

Jean-Paul Pigasse et Jacques Toubon@ DB
Jean-Paul Pigasse et Jacques Toubon@ DB

Avant de devenir une figure de la presse en Afrique centrale, Jean-Paul Pigasse a construit une solide carrière dans les médias français. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Toulouse, il débute en 1961 à La Dépêche du Midi, où il se spécialise dans les questions internationales. Il rejoint ensuite le groupe Réalités–EntrepriseConnaissance des Arts, devenant dès 1966 rédacteur en chef et éditorialiste de l’hebdomadaire Entreprise. En 1976, il intègre le groupe Les Échos, dont il accompagne le développement comme conseiller de la présidente Jacqueline Beytout, puis directeur général adjoint chargé de la diversification. En 1986, il est appelé par James Goldsmith pour participer au redressement de L’Express, avant de diriger le groupe de presse Cavenne. Au début des années 1990, il reprend la revue Enjeux du monde, puis rejoint en 1995 le groupe Jeune Afrique comme vice-président.

Ce parcours dans plusieurs grands titres de la presse économique et généraliste française lui a permis d’acquérir une expertise reconnue dans la direction, la restructuration et le développement d’entreprises de presse, avant de fonder en 1997 le groupe ADIAC et Les Dépêches de Brazzaville.

Qui reprendra le flambeau ?

 La disparition de Jean-Paul Pigasse ravive aujourd’hui le souvenir des bureaux parisiens des Dépêches de Brazzaville et de la Librairie-Galerie Congo rue vaneau à Paris 7, fermés il y a près de dix ans. Ces lieux constituaient des espaces uniques de rencontres, de réflexion et de rayonnement du Congo à l’international. Leur fermeture a laissé un vide que beaucoup de Congolais continuent de ressentir.

Les artistes Sapeurs congolais sur le stand @DB
Les artistes Sapeurs congolais sur le stand @DB

Au-delà de l’émotion, le décès de Jean-Paul Pigasse pose désormais une question fondamentale : qui reprendra le flambeau après près de trente années d’engagement au service du Congo, de sa culture et de son rayonnement international ? Qui portera demain des projets d’une telle envergure ? Qui redonnera vie à ces espaces de mémoire, de culture et de dialogue qui ont permis de faire entendre les voix du bassin du Congo sur la scène internationale ?

Dans un contexte où les grandes initiatives culturelles et médiatiques peinent souvent à s’inscrire dans la durée, l’héritage de Jean-Paul Pigasse interpelle autant qu’il inspire. Plus qu’un hommage à un homme, sa disparition invite à une réflexion collective sur la transmission, la pérennisation des institutions et l’émergence d’une nouvelle génération de bâtisseurs capables de prolonger cette œuvre.

Bâtisseur, passeur de culture et homme de conviction, Jean-Paul Pigasse laisse un héritage considérable. Son nom restera durablement associé à l’histoire contemporaine des médias, de la littérature et du patrimoine du bassin du Congo. Pendant près de trente ans, il aura contribué à faire rayonner le Congo bien au-delà de ses frontières et à démontrer que la culture, l’information et la mémoire constituent des leviers essentiels de l’influence des nations.

Carmen Féviliyé

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A propos CARMEN FEVILIYE 957 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France