
Le 1er juillet à l’ambassade du Congo en France, le diplomate congolais a inauguré une démarche inédite : jamais un ministre chargé des Congolais de l’étranger n’avait consacré une visite officielle à un dialogue direct avec la diaspora.
Cette initiative marque une évolution dans les relations entre Brazzaville et sa principale communauté en Europe. S’agit-il du début d’une nouvelle politique envers les Congolais de l’étranger ? Le dialogue avec la diaspora n’est pas nouveau. Le président Denis Sassou N’Guesso, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso et, plus récemment, Rodrigue Malanda-Samba, alors conseiller politique du chef de l’État, avaient déjà rencontré les Congolais de France.
Toutefois, malgré l’existence depuis plus de dix ans d’un département dédié aux Congolais de l’étranger à l’ambassade du Congo en France, aucun ministre n’avait fait de cette communauté l’objet principal d’un déplacement officiel. En affichant sa volonté de renouer le dialogue avec une diaspora à la fois partenaire du développement et espace de contestation politique, Constant Bounda imprime une nouvelle méthode.
Bousculer les codes : une méthode qui tranche
Le ton a été donné dès l’ouverture de la rencontre. Le ministre a invité chacun des cinquante participants à se présenter, ouvrant lui-même la séquence, avant l’ambassadeur Rodolphe Adada et les autres responsables présents. Ce choix rompt avec le protocole habituel et traduit la volonté d’instaurer un échange plus direct. Il reflète aussi une évolution du regard porté sur une diaspora longtemps perçue davantage comme une force d’opposition que comme un partenaire du développement.
Au-delà du symbole, les attentes restent nombreuses. Les Congolais de l’étranger espèrent des avancées sur le projet FIGA Diaspora destiné au financement des investissements, l’adoption du statut des Congolais de l’étranger, présenté lors du dernier congrès du Parti congolais du travail, ainsi que la simplification des démarches administratives. En réponse, le ministre des Affaires étrangères et des Congolais de l’étranger a promis un dialogue permanent et un climat de confiance.



Il a également annoncé une mission économique à Brazzaville en août. Quinze membres de la diaspora seront invités à découvrir les infrastructures du pays et les opportunités d’investissement. Les critères de sélection restent toutefois à préciser.
Le rapprochement engagé se poursuivra aussi sur le plan institutionnel. En novembre, une délégation du groupe d’amitié France-République du Congo, conduite par Nadège Abomangoli, se rendra à Brazzaville à l’initiative du député Ferréol Gassackys afin de renforcer la coopération parlementaire. Plusieurs dossiers demeurent toutefois en attente.
Le défi d’une diaspora parlant d’une seule voix
Longtemps considérée comme une simple communauté d’expatriés, la diaspora congolaise est devenue un acteur stratégique grâce à ses transferts financiers, ses compétences dans des secteurs clés — santé, recherche, numérique, finance, entrepreneuriat ou industries culturelles — et son influence croissante dans le débat public à travers les réseaux sociaux. Pour Brazzaville, elle représente désormais un partenaire du développement, un interlocuteur des politiques publiques et un levier du rayonnement international du Congo.
Cette montée en puissance contraste toutefois avec l’absence d’une représentation reconnue. Malgré l’existence d’un département dédié à l’ambassade du Congo en France, la diaspora peine encore à se structurer. La rencontre du 1er juillet a illustré la diversité de ses profils et de ses compétences, issus notamment des milieux économique, universitaire, médical, culturel et entrepreneurial. En revanche, la classe politique de la diaspora n’y était pas représentée. Cette richesse reste dispersée et ne débouche pas sur une représentation consensuelle, compliquant le dialogue avec les autorités.
L’un des principaux défis de Constant Bounda sera donc d’accompagner l’émergence d’une organisation capable de fédérer les différentes composantes de la diaspora et d’assurer un dialogue durable avec les pouvoirs publics.
Le RICE, un pionnier à réinventer ?


Bien avant les initiatives actuelles, le Réseau international des Congolais de l’extérieur (RICE) s’était fixé pour objectif de fédérer les compétences congolaises établies hors du pays. Créé en février 2011 à Paris sous l’impulsion de la présidence de la République, il est né d’une mission confiée à Henri Lopes pour identifier les compétences de la diaspora et renforcer leurs liens avec Brazzaville. Cette réflexion avait été engagée dès juin 2010 lors d’un dîner de cadres organisée dans la salle verte de l’ambassade du Congo à Paris.
La création du RICE a été précédée de l’ouverture d’un service dédié aux Congolais de l’étranger au ministère des Affaires étrangères, puis à l’ambassade du Congo en France, sans être étendue aux autres représentations diplomatiques. Edith Itoua, membre fondatrice du réseau et aujourd’hui ambassadrice du Congo en Allemagne, fut la première conseillère chargée de la diaspora. Elle a été remplacée successivement par Steve Ngatse Elenga puis Larissa Ondzié Ongogni, actuellement en fonction.

Le RICE a contribué à fédérer les compétences de la diaspora autour de projets de développement, à promouvoir l’entrepreneuriat et l’investissement vers le Congo. Il est également à l’origine du Prix RICE de l’entrepreneuriat, qui a révélé plusieurs personnalités aujourd’hui présentes dans les institutions congolaises.
Quinze ans après sa création, le réseau suscite toutefois des interrogations. Ses instances n’ont été renouvelées qu’à deux reprises et son bureau dirigeant est en place depuis plus de dix ans. Cette faible alternance, conjuguée à une activité jugée peu visible, nourrit les critiques. Certains membres de la diaspora estiment également que le réseau est progressivement devenu un outil de représentation au bénéfice d’un cercle restreint.

La rencontre du 1er juillet restera comme une première dans les relations entre Brazzaville et sa diaspora. Reste désormais à transformer cette ouverture en résultats concrets afin d’inscrire durablement ce dialogue dans l’action publique.
Organisée avec l’ambassadeur du Congo en France, Rodolphe Adada, le ministre-conseiller Armand Rémy Balloud-Tabawé et la conseillère chargée des Congolais de l’étranger, Larissa Ondzié Ongogni, la rencontre a réuni plusieurs personnalités, parmi lesquelles Henri Ossébi, ambassadeur, délégué permanent du Congo auprès de l’UNESCO, Firmin Édouard Matoko, ambassadeur itinérant à la présidence de la République du Congo et ancien candidat à la direction générale de l’UNESCO, ainsi que les députés français Nadège Abomangoli, vice-présidente de l’Assemblée nationale et présidente du groupe d’amitié France-République du Congo, Farida Amrani, membre de ce groupe d’amitié, et Ferréol Gassackys.
Carmen Féviliyé
