
À quelques mois de la présidentielle française de 2027, le rapprochement militaire avec le Tchad illustre la volonté d’Emmanuel Macron de préserver les positions françaises dans une région où les rapports de force se recomposent. Mais entre recul commercial, concurrence chinoise et exigence de souveraineté, le bilan africain du président français reste contrasté.
Le 13 octobre 2026, à l’Élysée, Emmanuel Macron et Mahamat Idriss Déby Itno ont acté la relance de leur coopération militaire. Après la dénonciation des accords de défense tchadiens en novembre 2024 et le départ des soldats français début 2025, Paris et N’Djamena cherchent à reconstruire une relation fondée sur la formation, l’expertise et les technologies. Ce rapprochement dépasse le cadre bilatéral : il révèle la volonté française de conserver des leviers stratégiques en Afrique centrale, malgré le recul de son dispositif militaire traditionnel. Pour Emmanuel Macron, dont le mandat s’achève en 2027, le temps politique se resserre. La question n’est plus seulement de renouer le dialogue, mais de laisser un héritage diplomatique durable avant la prochaine présidentielle française.
Une influence politique qui résiste, une puissance économique contestée
L’Afrique centrale conserve une valeur stratégique particulière. Le Tchad occupe une position charnière entre Sahel, Sahara et bassin du lac Tchad. Le Cameroun constitue un marché majeur et un point d’accès aux échanges régionaux. Le Gabon et le Congo disposent de ressources pétrolières, minières et forestières, tandis que la République démocratique du Congo concentre des minerais essentiels aux industries mondiales. Emmanuel Macron a entretenu le dialogue avec plusieurs dirigeants de la région, notamment lors de sa visite d’État au Gabon en octobre 2025 et de la visite à Paris de son homologue congolais Denis Sassou-N’Guesso en mai de la même année. Ces relations témoignent d’une capacité française à maintenir des canaux politiques, mais elles ne signifient pas automatiquement un renforcement de son influence économique. Les chiffres sont révélateurs. En 2025, les échanges de biens entre la France et le Cameroun ont atteint 1,3 milliard d’euros, en hausse de 25 % sur un an. Pourtant, la France ne représentait plus que 5,9 % des importations camerounaises en 2024, derrière la Chine, l’Inde et la Belgique. Le paradoxe est clair : les échanges progressent, mais la position relative française s’érode face à la concurrence.
La bataille géoéconomique est engagée

La compétition ne se limite pas à Paris et Pékin. Les entreprises américaines, turques, indiennes et du Golfe cherchent elles aussi des débouchés dans les infrastructures, l’énergie, les minerais et les services. Pour les États d’Afrique centrale, cette pluralité d’offres constitue une marge de négociation. Elle leur permet de diversifier leurs financements et leurs partenariats, à condition de préserver la transparence des contrats et la maîtrise des choix stratégiques. La France dispose encore d’atouts : langue, réseaux éducatifs, entreprises implantées de longue date et coopération au développement. En 2025, le groupe Agence française de développement a mobilisé 662,5 millions d’euros de nouveaux financements en Afrique centrale, avec un portefeuille régional de plus de 3,2 milliards d’euros. Mais ces montants ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir une influence politique ou un retour économique.
Quel héritage pour 2027 ?
Le sommet Africa Forward, organisé à Nairobi en mai 2026, a affiché l’ambition d’un partenariat plus équilibré, axé sur l’investissement, l’innovation et la jeunesse. Plus de 7 000 participants y ont pris part, tandis que 23 milliards d’euros d’investissements annoncés à l’échelle africaine ont été mis en avant. Reste à convertir les engagements en projets financés, en emplois et en transferts de compétences. Pour l’Afrique centrale, l’enjeu est de tirer parti de cette concurrence sans remplacer une dépendance par une autre. Pour Paris, le bilan de Macron se jouera moins dans les déclarations d’amitié que dans la capacité à bâtir des partenariats économiquement utiles et politiquement respectueux.
À l’approche de 2027, Emmanuel Macron peut encore consolider des relations ; il ne peut décréter le retour de l’influence française. En Afrique centrale, celle-ci dépendra désormais de résultats tangibles, dans une région qui entend négocier davantage et choisir ses partenaires.
