
La rencontre, le 25 février à l’Élysée, entre les deux chefs d’Etats dépasse le cadre d’un simple entretien bilatéral. Elle s’inscrit dans un moment charnière pour la région des Grands Lacs et dans une phase de recomposition des équilibres diplomatiques en Afrique centrale.
Au centre des discussions : la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, un enjeu régional majeur. Cette zone, en proie à des tensions persistantes et à la présence de groupes armés, constitue l’un des principaux foyers d’instabilité du continent. En réaffirmant son soutien aux efforts de médiation et à l’obtention d’un cessez-le-feu durable, Paris cherche à consolider une position d’acteur diplomatique engagé dans la résolution des crises africaines.
Pour la France, l’enjeu est double : soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC tout en contribuant à stabiliser une région stratégique, à la croisée d’intérêts sécuritaires, humanitaires et économiques.
Une RDC renforcée sur la scène internationale
Le contexte international renforce la portée de cette rencontre. Depuis janvier 2026, la RDC siège au Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui accroît son poids diplomatique. Plus grand pays francophone au monde, riche en ressources stratégiques (cobalt, cuivre, lithium), elle occupe une place centrale dans les enjeux liés à la transition énergétique mondiale.
Dans ce cadre, le soutien renouvelé de la France au projet hydroélectrique Inga 3, au sein du complexe Grand Inga, revêt une dimension stratégique. Au-delà de l’infrastructure énergétique, il s’agit d’un projet susceptible de redéfinir les équilibres énergétiques régionaux et d’accroître l’influence économique congolaise.
Paris face à la compétition d’influence
Cette intensification du dialogue franco-congolais intervient également dans un contexte de concurrence accrue des puissances étrangères sur le continent africain. Chine, États-Unis, Russie, Turquie ou encore pays du Golfe renforcent leur présence économique et diplomatique en Afrique centrale.
En consolidant son partenariat avec Kinshasa, la France cherche à maintenir sa capacité d’influence dans un espace où son rôle a parfois été contesté ces dernières années. Le déplacement d’Éléonore Caroit de 4 jours en début février , ainsi que le renouvellement du protocole de l’Agence française de développement (AFD), traduisent cette volonté d’inscrire la relation dans une logique de long terme, entre sécurité, développement et investissements.
Vers une relation plus stratégique
À l’approche du Sommet Afrique–France de Nairobi en mai 2026, cette rencontre apparaît comme une étape clé. Elle confirme l’évolution d’une relation bilatérale qui ne se limite plus à la coopération traditionnelle, mais s’oriente vers un partenariat stratégique intégrant sécurité régionale, transition énergétique et diplomatie multilatérale.
Dans un environnement international marqué par la fragmentation géopolitique et la compétition pour les ressources stratégiques, la France et la RDC semblent ainsi chercher à redéfinir leur alliance autour d’intérêts convergents et d’une ambition partagée : peser davantage dans les équilibres africains et internationaux.
Carmen Féviliyé
Photo en Une (couverture) Lina Sabour pour AAFC
