
Franco-congolaise, journaliste et fondatrice de l’organisation I Will Arise, Rachel Sumbu a fait de l’audace le fil rouge de son parcours. Entre reconversion professionnelle, engagement associatif entre l’Europe et l’Afrique, et podcast sur la place des femmes en diplomatie, portrait d’une femme qui a choisi d’« arracher sa place ».
Une reconversion assumée
Avant de devenir journaliste, Rachel Sumbu a passé dix ans dans les ressources humaines, au sein de multinationales, où elle s’est spécialisée dans la formation et la mobilité internationale. Un parcours qu’elle ne renie pas : elle explique que ce regard RH continue aujourd’hui d’éclairer toutes ses activités.
Le rêve de journalisme, lui, remonte à l’enfance. Faute d’avoir intégré les filières sélectives de l’époque, elle avait dû mettre ce projet de côté. C’est en 2019, après avoir estimé avoir atteint ses objectifs en entreprise, qu’elle décide de tout mettre en pause pour se réorienter vers les médias. “Je me suis dit, en fait, c’est maintenant ou jamais. Et puis de toute façon, qui ne tente rien, n’a rien, quand on veut quelque chose, il faut se donner les moyens.” Une décision radicale, mais mûrement réfléchie : pour elle, il s’agissait de tenter sa chance plutôt que de regretter de ne pas avoir essayé.
I Will Arise : une organisation pour la jeunesse et les femmes

Créée officiellement en 2022, I Will Arise (« Je me lèverai ») est née d’une conviction ancienne : l’importance de l’éducation, en particulier pour les jeunes mères. “Je ne peux pas refaire le monde. Je ne suis pas une sauveuse, mais je voulais vraiment apporter ma pierre à l’édifice.” Devenue maman à 19 ans, Rachel Sumbu a voulu, à travers cette structure, accompagner d’autres jeunes femmes confrontées à des réalités parfois très différentes des siennes, en Europe comme en Afrique.
Avec une équipe France-Europe et une équipe Afrique, l’organisation a depuis élargi son champ d’action. Le mentorat en est aujourd’hui l’activité phare, après une période de réflexion de près de deux ans durant laquelle Rachel Sumbu a consulté des acteurs expérimentés du milieu associatif. Des partenariats ont notamment été noués en République démocratique du Congo, son pays d’origine, ainsi qu’au Kenya.
Pour les prochaines années, l’ambition est claire : renforcer l’implantation internationale de l’organisation, avec de nouvelles représentations en Afrique et en Europe. Des discussions sont notamment en cours pour une implantation en Belgique, jugée stratégique en tant que capitale politique européenne.
Women Shaping Diplomacy : donner de la voix aux femmes de l’ombre

Rachel Sumbu anime également un podcast, Women Shaping Diplomacy, né de ses observations sur la sous-représentation des femmes dans les espaces de gouvernance, qu’elle a constatée aussi bien durant sa carrière en RH que dans le monde des médias. L’objectif : rendre plus accessibles les relations internationales à travers les parcours de femmes qui évoluent dans ces milieux, souvent perçus comme lointains. Elle y aborde des sujets peu médiatisés comme la diplomatie parlementaire ou même le multilatéralisme. “On a le sentiment que ce sont des sujets qui ne nous concernent pas, alors que pas du tout. J’ai tendance à dire, et je le répète tout le temps, quand on veut le changement, il faut qu’on soit au cœur de ce changement.”
Le courage d’aller chercher
Une attention particulière est portée aux femmes racisées, dont elle souligne les difficultés spécifiques d’accès à certains espaces, des difficultés qu’elle dit avoir elle-même observées et vécues durant sa carrière en ressources humaines. “Il y a un focus sur les femmes racisées, les femmes noires, surtout pour leur donner cette voix-là, leur donner un espace au sein duquel elles ont la possibilité de s’exprimer et de devenir des rôles modèles.”
Un message d’audace pour la jeunesse
Interrogée sur le message qu’elle souhaite adresser aux jeunes femmes hésitantes, Rachel Sumbu défend une philosophie fondée sur l’audace, “Je dis toujours que si vous cherchez la définition du mot audace dans le dictionnaire, c’est ma photo que vous allez trouver”. Pour elle, il ne faut pas attendre la validation des autres, mais aller chercher soi-même sa place, quitte à essuyer des échecs. Elle cite son propre parcours en exemple : rêver de journalisme dès le lycée, essuyer un refus, puis reprendre ce projet plus de dix ans après pour finalement le concrétiser.
Une trajectoire qui résume l’esprit qu’elle défend aujourd’hui à travers I Will Arise et Women Shaping Diplomacy : avoir une vision claire, et le courage d’aller la chercher.
Lina Sabour pour AAFC
