
Le message est clair et grave. Le 13 octobre, place de la Bataille-de-Stalingrad, le mouvement international a réaffirmé l’urgence de faire progresser la parité, de renforcer la présence des femmes dans les lieux de décision et d’intensifier la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Personnalités publiques, acteurs économiques, associations et citoyens se sont mobilisés autour d’une même conviction : faire de l’égalité entre tous une réalité, à l’image de l’Islande, régulièrement cité parmi les pays les plus avancés au monde en la matière.

En présence d’Emmanuel Grégoire, maire de Paris, venu apporter son soutien à cette cause, la mobilisation a réuni des femmes influentes et engagées en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Parmi elles figuraient Marie Eloy, cofondatrice de World With Women, Élisabeth Moreno, Sophie Iborra, Caroline Blaes, Aline Bonnet, Gabriela Ramos, Virginie Delalande, Sarah Ourahmoune, Guillemette Moreau-Pernet, Nathalie Pilhes, Anne-Cécile Mailfert, Ghada Hatem-Gantzer et Dominique Crochu, aux côtés de nombreux autres acteurs mobilisés. Au-delà de leur présence, toutes contribuent, à travers leurs engagements respectifs, à faire progresser la mixité et à transformer les principes d’égalité en actions concrètes, notamment pour favoriser l’accès des femmes aux responsabilités politiques et économiques.
Une mobilisation festive et intergénérationnelle
Au total, 5 000 personnes à Paris, 34 villes françaises et 24 pays se sont mobilisées autour de l’appel de World With Women !. Sur la scène parisienne, femmes et hommes se sont succédé au micro pour porter leurs messages en faveur de la mixité. Portée par l’enthousiasme du public, la mobilisation a mêlé prises de parole, performances artistiques et slogans scandés à voix haute ou affichés sur des pancartes. Dans une atmosphère à la fois festive et déterminée, les participantes et participants ont affirmé leur volonté de faire de l’égalité une réalité.
Initialement prévu place de la Bastille, la mobilisation parisienne a finalement été déplacé place de la Bataille-de-Stalingrad. Selon les organisateurs, ce choix visait notamment à donner davantage de place aux jeunes et à leurs revendications. Cette dimension intergénérationnelle souligne l’ambition du mouvement : associer les nouvelles générations à la transformation des mentalités et faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une responsabilité collective.

L’Islande, une source d’inspiration internationale qui touche l’Afrique
World With Women ! s’inscrit dans la continuité des mobilisations historiques en Island le 24 octobre 1975 où 90% des femmes du pays, pour réclamer la mixité, avaient cessé leurs activités professionnelles et domestiques pour rendre visible leurs contributions à la société. Fruit de cette lutte populaire, l’Islande est considéré comme le pays le plus égalitaire au monde avec une représentation politique historique et massive des femmes: en 1980, Vigdís Finnbogadóttir devenait la première femme au monde élue présidente d’une République au suffrage universel direct ; en 2024, Halla Tómasdóttir accédait à son tour à la présidence islandaise. L’exemple islandais montre que les revendications en faveur de l’égalité peuvent se traduire par des avancées concrètes lorsqu’elles s’accompagnent de réformes politiques et de transformations sociales, comme les mesures légales en faveur de l’égalité salariale et le partage du congé parental entre les deux parents.
La dynamique internationale s’est étendue au contienent africain alors même que les enjeux d’égalité entre les femmes et les hommes y occupent déjà une place importante dans les débats institutionnels. World with Women ! se déploie progressivement sur le continent notamment au Cameroun, en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo, au Maroc, au Rwanda, en Angola, en Côte d’Ivoire, Burkina-Faso et au Gabon. Une dynamique africaine prometteuse qui s’applique en tenant compte des contextes nationaux variés.


La mobilisation a pris corps au Sénégal, au Cameroun, en RDC, au Bénin et en Guinée-Conakry. Des relais sur le terrain ont participé activement à la mobilisation, contribuant à renforcer le poids des enjeux de parité, de représentation des femmes et de lutte contre les violences dans les débats publics africains. Ces initiatives soulignent aussi l’importance des réseaux transnationaux pour soutenir les actions en faveur des droits des femmes.
Dix mesures pour faire progresser la mixité portées au gouvernement français
World with Women ! défend des points visant à renforcer la représentation des femmes dans les instances de décision, à promouvoir l’égalité des chances et garantir une participation effective aux décisions économiques, politiques et internationales.
La place des femmes dans les négociations de paix constitue un autre axe majeur. Leur permettrait de mieux prendre en compte les réalités des populations dans la résolution des conflits et la construction d’une paix durable.
« L’objectif, c’est de faire entendre ces règles, les porter pour qu’elles soient réellement appliquées », nous a confié guillemette Moreau-Pernet


Une mobilisation en France dans un contexte marqué par des débats institutionnels sur les violences faites aux femmes et aux enfants. À la même date, le 13 octobre, l’Assemblée nationale a adopté la loi dite « intégrale » de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’un texte visant à adapter la réponse judiciaire aux violences sexuelles et intrafamiliales. Cette convergence a pris une résonance particulière avec la présence et la prise de parole de membres de la coalition de femmes à l’origine de cette loi, dont Anne-Cécile Mailfert.
Le mouvement lancé en mars 2026 à l’occasion du sommet ChangeNow a été fondé par une direction collégiale et horizontale d’hommes et de femmes engagés, sans présidence unique.
Carmen Féviliyé pour AAFC
DES VOIX DE LA REWWWOLUTION !

Quatre personnalités, quatre femmes, quatre regards sur la mixité. Le 13 octobre, au micro d’AAFC dans les coulisses de la mobilisation World With Women ! à Paris, Marie Eloy, journaliste, entrepreneure sociale et conférencière ; Elisabeth Moreno, présidente des réseaux Adwin et La Puissance du lien, dirigeante d’entreprise, investisseuse, ancienne ministre déléguée à l’Egalité entre les hommes et les femmes, à la Diversité et à l’Egalité des chances ; Guillemette Moreau-Pernet, masseur-kinésithérapeute libérale et Virginie Delalande, ancienne avocate, animatrice TV, auteure et conférencière, ont partagé leurs réflexions.

Elisabeth Moreno : « Aucun pays parmi les 190 que compte les Nations unies, qui ne reconnaisse les droits des femmes comme ils reconnaissent ceux des hommes »
AAFC : Vous êtes déjà à la tête de deux réseaux : Adwin et La Force du Lien. Pourquoi World with Women ! ?
Elisabeth Moreno : Vous avez raison je suis déjà engagée dans beaucoup d’associations.
Mais vous voyez, cela fait deux mille ans que les femmes attendent d’être traitées comme des citoyennes à part entière, cela fait 2000 ans qu’on estime qu’en en tant que femme nous devrions avoir les mêmes droits que les hommes. Cela fait 2000 ans qu’on ne se bat pas contre les hommes mais juste pour être respectées dans notre intégrité humaine. Et en 2026 on voit des histoires où une jeune fille peut être droguée et violée par six hommes et violée toute une nuit et que 57 hommes soient au courant et que personne ne bouge ! Parce qu’on a encore des petites filles qui sont mariées à des hommes qui ont quatre, cinq, six fois leur âge, parce qu’il y a des filles qui ne peuvent pas avoir accès à l’éducation juste parce qu’elles sont des filles et qu’il n’y a aucun pays sur la planète parmi les 190 pays des Nations unies, qui reconnaisse les droits des femmes comme ils reconnaissent ceux des hommes… Alors nous avons encore tant à faire !
Cela fait 2000 ans qu’on ne se bat pas contre les hommes mais juste pour être respectées dans notre intégrité humaine
Et moi, j’ai deux filles. Je voudrais qu’elles n’aient pas à porter les combats que leurs grands-mères et arrières grands-mères ont eu à porter. Voilà pourquoi World with women existe !
Dans les écoles, seulement 20% des filles ont accès à la cour de récréation. Comment expliquer cela ?
On l’explique simplement parce que dès le plus jeune âge, on apprend aux garçons à occuper l’espace, à occuper la parole, à occuper le pouvoir. Mais les filles, on leur apprend à servir, à rester sur le côté, à rester au deuxième plan. Par conséquent, ce que vous apprenez dès l’enfance se déploie à votre âge adulte. Et c’est ce qui fait que vous n’osez pas parler de vos rêves, que vous n’osez pas parler de vos ambitions, que vous n’osez pas parler tout court ! Et c’est pour cela aussi que ce genre de mouvement est important.

Marie Eloy : « L’objectif est de faire advenir la mixité plus tôt que dans 171 ans »
AAFC : Marie Eloy, pourquoi avoir fondé ce mouvement ?
Marie Eloy : Nous sommes nombreuses et nombreux à l’avoir créé parce que nous ne pouvons pas continuer comme cela dans le monde sans femmes au pouvoir. Il faut absolument que nous puissions compter sur les deux, les femmes et les hommes. Aujourd’hui dans toutes les positions de pouvoir, il y’a 90% d’hommes. Nous ne peut pas continuer comme ça. L’objectif, c’est d’être enfin entendues, qu’il y ait une prise de conscience et que nous fassions advenir la mixité plus tôt que dans 171 ans.
Les femmes portent tellement l’Afrique que si elles lâchent, tout s’effondre!
Vous vous inspirez de l’Islande…
Oui, nous nous sommes inspirés de l’Islande où en 1975 les femmes se sont arrêtées une journée, et ça a tout changé ! C’est le pays le plus égalitaire au monde. C’est aussi l’un des pays où les habitants sont les plus heureux et l’environnement le plus protégé. Quand les Islandaises ont arrêté de travailler pendant une journée, nous nous sommes rendus compte à quel point elles tenaient le monde et que nous ne pouvions pas se passer des femmes !
Que pensez-vous de la situation en Afrique ? Qu’en est-il du mouvement sur ce continent ?
Les femmes portent tellement le continent, surtout dans le secteur entrepreneurial. Elles portent tellement l’Afrique que si elles lâchent, tout s’effondre… Le mouvement est né en France mais il a commencé à émerger au Sénégal, en RDC, au Burkina Faso. Ca progresse. Et la prochaine édition, j’espère que nous serons très nombreuses aussi sur le continent africain. Le jour où on s’arrête le monde s’effondre. Il faut juste que l’on soit ensemble.
Les médias parlent peu de l’Egalité, à part quand il y’a un drame sur les femmes…
Quelles ont été les difficultés pour en arriver à cette mobilisation du 13 octobre ?
C’est toujours compliqué de mobiliser les gens pour l’Egalité homme /femme. Les gens ont peur pensant qu’on va agir contre les hommes, mais non ! Il s’agit d’agir pour la mixité, pour le « Ensemble », pour l’Egalité, donc tout le monde en bénéficie, les hommes aussi. Et puis, les médias parlent peu de l’Egalité, à part quand il y’a un drame sur les femmes… Ils ne parlent pas des actions pour faire advenir l’Egalité. En fait on a utilisé tous les réseaux sociaux et on est toutes et tous bénévoles et on avance ensemble !
Virginie Delalande : « Je suis une pionnière et j’ai ouvert une autoroute pour d’autres personnes »
Connue comme la première avocate sourde de naissance en France, animatrice TV, fondatrice de Handicapower créé en 2019 pour changer le regard de la société sur le hnadicap, Virginie Delalande a fait de son parcours un engagement en faveur de l’inclusion et du dépassement des barrières. Elle était présente le 13 octobre pour la rewwwolution et s’est prêtée à notre micro!
AAFC : On vous présente comme la première femme avocate sourde…
Virginie Delalande : Oui, je suis connue pour être la première avocate, mais je n’exerce plus cette profession. J’ai changé de métier. Aujourd’hui je suis conférencière, auteure et j’anime deux fois par mois sur France télévision l’émission La Santé, c’est mon droit
Comment avez-vous vécu cette première fois dans cette profession ?
Je suis une pionnière et j’ai ouvert une autoroute pour d’autres personnes. Il ya le travail d’introspection, il ya le travail de conviction. Pourquoi ? Parce que, tout simplement certaines personnes, parfois, ne veulent pas de nous. Il faut travailler à les convaincre. Il m’a fallu travailler à comment les convaincre. C’est ainsi qu’on réussi à leur donner envie
Avez-vous été soutenue dans cette lutte?
J’ai été soutenue par des hommes et des femmes. Parmi les femmes, j’ai été soutenue par d’autres et puis il y en celles qui ne veulent pas du tout aider. J’ai eu à vivre des meilleurs et des pires moments. Mon expérience me permet d’affirmer qu’il est nécessaire d’intégrer pleinement les femmes en situation de handicap aux combats pour l’égalité des droits et l’accès aux responsabilités.
Il faut travailler à convaincre
Parlez-nous de votre émission …
L’émission décrit les services auxquels chaque citoyen peut prétendre et yens pour y parvenir. Avec les invités que je reçois, on parle par exemple de l’accès aux soins, des démarches administratives et des remboursements..
Guillemette Moreau- Pernet : « En Afrique tout comme ailleurs sur la planète, le travail des femmes dans le foyer nécessite d’être reconnu »
AAFC : Quel est votre rôle dans le mouvement WwW ! ?
GMP : J’ai différentes occupations. La première, vivant à Clermond- Ferrand en France, c’est d’aider au déploiement du mouvement dans ma ville et sa région le Puy-de-Dôme. J’ai été la première référente. Deuxième mission, c’est de faire en sorte que le mouvement WwW ! se déploie à l’international et notamment en Afrique. Je suis celle qui a initié le déploiement du mouvement WWW sur le continent.
Comment percevez-vous le mouvement en Afrique ?
Cette implication dans le déploiement du mouvement WwW ! enAfrique m’a permis de rencontrer énormément d’actrices et d’acteurs africaines et africains sur la place de la femme, en règle général, dans différents pays africains. Les échanges que j’ai eus avec des personnes de la RDC, du Sénégal, du Rwanda, du Maroc, du Cameroun ont été extrêmement positifs, sur l’envie réelle qu’ont les citoyennes et les citoyens d’Afrique de faire la promotion de la place de la femme.
J’ai pu me rendre compte également qu’il y avait en Afrique énormément d’associations déjà constituées de groupements de femmes qui travaillent pour faire en sorte que les femmes accèdent à des emplois, à des prêts à taux zéro, que les femmes portaient l’éducation, le soin des enfants, qu’elles allaient, bien entendu, aussi au travail, qu’elles étaient les premières levées, les dernières couchées dans les familles, que finalement cette activité de la femme en Afrique est le reflet de celle de la femme partout sur la planète. Elle gère à la fois, dans la sphère familiale, les enfants, la nourriture, les repas, les courses, le ménage et tout ayant en parallèle, une activité professionnelle qui permet à la famille de mieux vivre. Ce travail des femmes dans le foyer nécessite en Afrique tout comme ailleurs sur la planète, d’être mis en lumière, d’être reconnu et pourquoi pas d’une certaine façon, d’être rémunéré.
Pensez-vous que rémunérer le travail au foyer des femmes va – t-il convenir aux africains ?
Je ne pense pas mais pourquoi pas ? Une chose est sûre, la situation telle qu’elle est, n’est pas satisfaisante. Il y’a bien des choses à améliorer dans la relation homme-femme en règle général, particulièrement dans l’insertion et la reconnaissance du travail des femmes dans la société pour rehausser les salaires, pour faire en sorte que cette bienveillance à l’égard des femmes soit réelle et pas non fictive. On des droits à faire respecter, on a des devoirs. L’égalité vaut à tous les niveaux partout sur la planète.
Faire en sorte que la bienveillance à l’égard des femmes soit réelle
Qu’apporte WwW ! dans cette quête d’égalité homme-femme ? La sensibilisation, l’accompagnement ?
L’avantage de WwW !, c’est d’être une entité associative qui est citoyenne. En France, il n’y a pas d’équivalent dans la mesure où le mouvement a pour objectif de réunir les associations, les organisations, les entreprises qui pensent que l’égalité et la parité sont indispensables entre les hommes et les femmes. WwW ! a posé des principes et des mesures portés au niveau du gouvernement français. Ces mesures et ces principes ont été réfléchis pour être en accord avec les règles de droit international.
L’égalité vaut à tous les niveaux partout sur la planète
L’objectif, c’est de faire entendre ces règles, les porter pour qu’elles soient réellement appliquées. Oui, le travail effectué par WwW ! en France a tout à fait à être reconnu, connu et donc transmis par les medias, ou par les réseaux sociaux vers un maximum de citoyennes et citoyens dans le monde pour que ces citoyennes et citoyens du monde qui se reconnaissent dans cette ambition adhèrent sur le principe et soutiennent techniquement sur le terrain ou alors simplement sur les réseaux sociaux, qui apportent une visibilité de plus en plus forte et une crédibilité.
Effectivement, vous êtes très actifs sur les reseaux sociaux…
Oui, nous sommes extrêmement actifs. Nous avons une équipe incroyable de personnes bénévoles qui gèrent la communication. Nous avons tout un arsenal en technique, en compétences individuelles et en intelligence collective qui portent ce projet, je trouve, de la meilleure façon possible et avec bienveillance.
Joie et dynamisme, deux mots qui composent l’ ADN du mouvement?
Complètement ! WwW ! veut faire le jour sur cette capacité qu’a la société de se réunir non pas en manifestant, ni en râlant, mais en se réunissant joyeusement. Et par la joie qui est communicative, qui fait du bien au moral et au corps, nous impulsons une nouvelle façon d’être, une nouvelle façon de faire dans la reconnaissance des droits de la femme. Nous ne sommes pas en lutte. Nous sommes dans la transmission, dans la didactique et dans l’enseignement. Rien de mieux que de transmettre un savoir et une connaissance dans la bonne humeur. Ca donne plus envie aux personnes qui reçoive l’information de s’y intéresser.
Propos recueillis par CF pour AAFC
Photos AAFC
