Salon du livre africain de Paris 2023 – Erick Monjour : “Il y avait un vide à combler dans l’événementiel parisien du livre”

Le grand rendez-vous littéraire parisien consacré à l’Afrique et placé sous l’égide de Jean-Pierre Lecoq, conseiller régional d’Ile-de-France, reçoit pour sa deuxième édition la Guinée comme pays invité d’honneur. Pour présenter le meilleur de la littérature africaine, plus de 200 auteurs et 60 éditeurs et libraires sont annoncés en la mairie du 6è arrondissement de Paris dont les portes sont déjà ouvertes aux nombreux visiteurs, jusqu’au  dimanche 19 mars.  

Une seconde édition très attendue après la belle affluence de 2022 – malgré la pandémie – qui rend hommage à deux grands hommes du continent: Nelson Mandéla et Sembène Ousmane. Au menu du riche programme : conférences, dédicaces, projections de films, remise du Grand Prix littéraire d’Afrique noire, expositions, défilé de mode, performances scéniques et plusieurs autres activités. Du beau monde en prime pour exhiber pour l’occasion le tissu africain, devenu l’identité visuelle du Salon, incontournable pour célébrer ce grand rendez-vous parisien.

Un succès au-delà de toute attende qui fait écho  au premier Festival du Livre africain de Marrakech qui vient de s’achever. Ce qui révèle la nécessité d’organiser des événements littéraires africains avec une dimension internationale et panafricaine, encore rares.

Erick Monjour, président du salon du livre africain de Paris@AAFC
Erick Monjour, président du salon du livre africain de Paris@AAFC

Nous avons rencontré Erick Monjour, président du Salon du livre africain de Paris, l’homme à l’initiative de cette grand-messe dédiée à la littérature africaine de Paris. Une interview AAFC.

AAFC : Comment percevez-vous cette 2ème édition du salon du livre africain de Paris du 17 au 19 mars?

Erick Monjour : Nous revenons avec les mêmes fondamentaux qui sont d’avoir les éditeurs qui viennent d’Afrique et d’Europe, mais également d’avoir des auteurs des deux continents,  avec cette année beaucoup plus d’éditeurs qui viennent d’Afrique. La première édition étant pendant Covid, ce n’était point possible de se déplacer.

Depuis longtemps je pensais cet espace vide autour de la littérature africaine

Nous avons beaucoup de pays africains qui sont représentés : tous les pays du Maghreb avec la Tunisie, l’Algérie, le Maroc. Ensuite le Sénégal, le Mali, le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire qui est très représentée, le Gabon, Madagascar, le Mali, le Togo, la République du Congo et la RDC. La Guinée est le pays invité d’honneur.

Quelle nouveauté côté auteurs ?

La nouveauté c’est d’avoir les auteurs de la Guinée qui est invité d’honneur. Nous aurons avec nous Yasmina Khadra. Nous avons toujours les auteurs de Gallimard et de Présence Africaine qui sont importants parce que ce sont des éditeurs historiques.

Pourquoi la mairie du 6ème arrondissement de Paris ?

D’une part parce que c’est un endroit qui est central, un endroit public situé dans le quartier des éditeurs. Cela met plus en relief la littérature africaine. Concernant les frais, il n’y a pas de location de salles et comme le salon du livre est un concept nouveau avec un budget qui n’est pas extensible, forcément cet endroit s’y prête. Nous avons en plus à notre disposition des sales très prestigieuses. C’est important d’organiser un salon du livre dans de beaux endroits à Paris.

Cette année les éditeurs venus d’Afrique sont beaucoup plus nombreux

Vous êtes artiste-peintre. Comment en êtes vous arrivé à la littérature africaine et au salon du livre africain ? Qu’est ce qui vous a inspiré le concept ? Avez-vous saisi l’opportunité du vide autour d’événements sur  le livre africain ?

La peinture et la littérature sont deux domaines complémentaires. A côté de mon activité d’artiste-peintre, j’ai travaillé longtemps dans l’édition. J’ai organisé pendant 10 années un salon du livre russe. En effet, je pensais depuis longtemps qu’il y avait un espace vide autour la littérature africaine parce que tous les événements africains à Paris avaient peu à peu disparu,  comme Plume noir, Livres et auteurs du bassin du Congo et Lettres d’Afrique.

En comparant avec l’offre existante  du Festival du Livre de Paris, nous sommes sur un salon où les éditeurs français présents s’intéressent à la littérature africaine.

Fort de cette absence de salons et de mon expérience d’organisateur de salon et aussi du fait que j’ai vécu longtemps en Afrique, je me suis dit que c’était le bon moment pour commencer à y penser et à réfléchir aux dispositifs qui a été mis en place. J’ai été accompagné par la mairie du 6ème arrondissement de Paris qui accepté de jouer le jeu. Le projet s’est petit à petit mis en place. Il a mis deux ans à voir le jour. La première édition a eu lieu  pendant le Covid et ce n’était pas  très évident. Mais l’affluence a été tout à fait exceptionnelle. Ce qui a démontré que ce salon était vraiment capital.

Le projet a mis deux ans à voir le jour

Concernant votre visuel vous mettez en avant l’imprimé wax. Qu’est ce qui guide le choix des imprimés sélectionnés ? Pourrait-on dire que le wax devient votre signature ?

Le wax est une signature africaine par excellence. L’associer à la littérature peut paraître osé. C’est une identité assez forte et le défi était de savoir comment en parler. Pour la première édition j’ai choisi un wax très connu par tout le monde parce que ce wax était utilisé pour les mariages, donc c’est un message fédérateur. Pour cette seconde édition, comme la Guinée est le pays invité, j’ai choisi du tissu bleu en provenance du pays, de la région du Fouta-Djalon et les tissus de couleur jaune qui apparaissent sur la fiche viennent de la Guinée forestière. C’est aussi un moyen, à travers les tissus, de mettre en avant les différentes régions de la Guinée.

Erick Monjour la veIlle du Salon à la soirée guinéenne,pays invité d'honneur - Maison Muller@AAFC
Erick Monjour la veIlle du Salon à la soirée guinéenne,pays invité d’honneur – Maison Muller@AAFC

Qu’est ce qui vous identifie des autres événements autour du livre ?

C’est un salon très sectoriel dans le sens où il couvre un continent, comme le fait le Festival américain à Vincennes tous les deux ans. C’est la même dynamique ; il s’agit de se focaliser sur un continent. En comparant avec l’offre existante  du Festival du Livre de Paris, nous sommes sur un salon où les éditeurs français présents s’intéressent à la littérature africaine. Nous avons également beaucoup d’éditeurs qui viennent d’Afrique, parce que les éditeurs en général ne viennent pas. C’est ce qui fait la spécificité du salon du livre africain. A l’époque ils venaient au salon du livre. Aujourd’hui, ils n’ont plus vraiment la place pour ça.  Nous les accueillons avec beaucoup de plaisir.

Propos recueillis par Carmen Féviliyé

Pour en savoir plus : https://www.salondulivreafricaindeparis.com/

 

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A propos CARMEN FEVILIYE 812 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France