Sommet sur la réfome du financement mondial : le secteur privé mis à profit

Comment mobiliser les ressources financières supplémentaires provenant notamment du secteur privé? A cette question, les particpants au Sommet ont estimé que les banques multilatérales de développement qui jouent déjà un rôle fondamental pour soutenir les efforts de financement de projets conformes aux ODD, doivent poursuivre leurs efforts afin de mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030. Leur évolution sera déterminante pour permettre des flux financiers supplémentaires répondant aux besoins des pays vulnérables et de la protection de la planète, conformément à l’objectif de 1,5° C.

À Paris, trente pays et huit banques multilatérales de développement ont entériné une déclaration sur une nouvelle vision des banques multilatérales de développement. Ces banques sont en appelées à continuer de jouer le rôle clé en appui aux transitions justes et au développement durable dans le monde entier et à mettre en œuvre une série de principes visant à tirer le meilleur parti des ressources du système financier international.

Neuf banques multilatérales de développement ont publié une méthodologie commune sur la mise en conformité avec les objectifs de l’Accord de Paris

La Banque mondiale et les autres structures similaires ont été invitées à élaborer de nouveaux projets de coopération entre elles, à créer des plateformes communes permettant d’apporter davantage de soutien coordonné.  Durant le Sommet, neuf banques multilatérales de développement ont publié une méthodologie commune sur la mise en conformité avec les objectifs de l’Accord de Paris. La Banque mondiale a annoncé le lancement d’un processus pour mieux intégrer dans les nouveaux projets les effets du financement de l’action climatique dans les efforts d’adaptation et d’atténuation, et appelé les banques multilatérales de développement et d’autres membres de la coalition « Finance en commun » à lancer des initiatives analogues.  La Commission européenne et l’initiative « obligations vertes » de la Banque européenne d’investissement ont pour objectif de fournir une assistance technique et 1 milliard d’euros pour réduire les risques des instruments sur les marchés de capitaux afin de mobiliser 15 à 20 milliards d’euros pour des investissements durables.

La Banque mondiale a annoncé le lancement d’un processus pour mieux intégrer dans les nouveaux projets les effets du financement de l’action climatique dans les efforts d’adaptation et d’atténuation

L’ampleur des investissements nécessaires pour que la lutte contre les changements climatiques permette de respecter l’objectif de 1,5°C et que les ressources mondiales en matière de biodiversité soient préservées suppose que les flux de financements privés soient bien orientés avec une coordination avec le secteur privé. Garantir à tous un accès égal , plus stable et à un coût abordable, aux capitaux et aux liquidités est essentiel pour financer la transition climatique et énergétique au cours de la prochaine décennie. Parmi les facteurs clés pour réussir dans ce domaine doivent figurer: les mesures et les outils réglementaires favorisant les stratégies d’investissements verts (grâce à la transparence en matière d’information, à l’accès à des données vérifiables, ainsi que les stratégies de réduction des risques et de la perception des risques liés aux projets changeant la donne pour les populations, la nature et le climat).

Le système financier international a entrepris une évolution prudentielle majeure pour asseoir sa stabilité après la crise de 2008. Pour les intervenants au Sommet, le moment est venu d’évaluer l’incidence et les conséquences de ce cadre réglementaire afin de repérer et de supprimer les obstacles à la mobilisation des capitaux privés internationaux en faveur des pays en développement. L’innovation doit mieux prendre en compte les mécanismes innovants de partage du risque déployés par les acteurs financiers et notamment par les banques publiques de développement.  Les partenaires ont encouragé à étudier et adopter des paramètres harmonisés pertinents pour mesurer la mobilisation des capitaux privés et à intégrer des objectifs quantifiés au niveau institutionnel dans leurs indicateurs clés de performance, mais aussi au niveau de leur encadrement et de leur personnel en introduisant des indicateurs et des primes spécifiques d’efficacité fondés sur la performance.

Lancement par la Banque mondiale du laboratoire pour les investissements du secteur privé

Une initiative pendant les discussions  au Sommet afin de concevoir et de déployer rapidement et à grande échelle des solutions pour remédier aux obstacles qui empêchent le secteur privé de réaliser des investissements de grande envergure dans les pays émergents et en développement, en gardant l’énergie renouvelable et les infrastructures énergétiques au cœur des préoccupations.

La plateforme publique de données relatives à l’absence d’émissions nette (NZDPU) soutenue par les Nations Unies et par de multiples parties prenantes a annoncé son intention de lancer lors de la COP28 un répertoire central, ouvert et gratuit de données permettant à toutes les parties prenantes d’avoir facilement accès aux données clés relatives à la transition climatique, aux engagements et aux progrès effectués par les entreprises et les institutions financières dans la mise en œuvre de ces engagements. Le Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité a publié en juin 2023 son référentiel mondial d’informations sur la durabilité à l’intention des marchés de capitaux, prenant en compte les besoins spécifiques des économies émergentes et en développement afin de veiller à la bonne adoption de ces normes dans les différentes juridictions. L’Agence multilatérale de garantie des investissements a annoncé qu’elle ouvrirait le dialogue avec les autorités de régulation financière, notamment le Conseil de stabilité financière, afin d’intégrer les garanties proposées par les BMD dans les modèles prudentiels. Les BMD et les institutions de financement du développement pourraient s’efforcer de développer leurs instruments d’atténuation des risques de change pour remédier aux enjeux liés aux risques croissants de change sur les marchés en développement.

40 pays pour le déploiement de la plateforme “Source” pour le financement et l’étiquetage de l’insfrastructure de qualité

La plateforme va être déployée notamment grâce à des initiatives telles que Fast-Infra. L’International Development Finance Club (IDFC) a été encouragé à renforcer les capacités des banques publiques de développement et des acteurs locaux pour la conception et l’élaboration de projets durables et viables sur le plan financier, en s’appuyant sur la réussite du 9 mécanisme d’assistance technique sur le climat de l’IDFC. En outre, l’Alliance pour des infrastructures vertes en Afrique a reçu un soutien financier et technique de la part de bailleurs et d’institutions financières afin de préparer des projets en amont et de mobiliser des capitaux pour le développement destinés à des investissements du secteur privé en Afrique.

Des avancées concrètes pour la base de données mondiale

La nécessité de renouveler les initiatives pour mieux évaluer le niveau actuel des risques associés aux projets dans les pays en développement a été soulignée et des données supplémentaires seront communiquées aux investisseurs privés à cet effet. La Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé des avancées concrètes vers la transformation de la base de données mondiale sur les risques des marchés émergents (GEMs 2.0), afin de faciliter l’accès des agences de notation et des investisseurs privés aux statistiques de cette base. Cela pourrait constituer une étape majeure pour accroître la transparence et la prévisibilité des notations financières.

L’Agence internationale de l’Énergie émettra début de 2024 des recommandations sur la manière de réduire le coût du capital pour la transition énergétique dans les pays en développement. Le Conseil de stabilité financière, par le dialogue entre ses membres et avec ses groupes consultatifs régionaux, continuera d’aborder la question des enjeux financiers avec les pays en développement, tout en mettant en œuvre sa feuille de route pour faire face aux risques financiers liés aux changements climatiques.

Processus simplifié et accélé pour le financement des petits projets du secteur privé

Lors du Sommet, la Société financière internationale, la France et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ont promis un appui supplémentaire à l’Alliance pour l’entrepreneuriat en Afrique.  La mise en place par les banques multilatérales de développement de processus simplifiés et accélérés d’approbation des financements pour les petits projets du secteur privé dans les pays à faible revenu a été identifiée comme un moyen possible d’améliorer et de faciliter l’accès aux financements nécessaires.

La mise en place de stratégies nationales pour soutenir le développement du secteur privé dans les politiques publiques et de planification du développement des pays à revenu faible et intermédiaire a été identifiée comme étant un fort accélérateur et facilitateur de l’accès aux financements.  L’OCDE pourrait organiser d’ici la fin de 2023 un groupe de travail pour échanger sur les progrès, partager les informations et évaluer les bonnes pratiques en matière de mobilisation des financements du secteur privé au service du développement durable, de la lutte contre les changements climatiques et de la protection de la biodiversité.  Un bilan des progrès accomplis et des objectifs atteints sera organisé en 2025.

La Rédaction

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A propos CARMEN FEVILIYE 812 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France