Climat des affaires – Cameroun : électricité, infrastructures et agriculture au cœur des réformes

En l’espace de quelques semaines, le Le Cameroun a engagé des décisions structurantes touchant l’énergie, les infrastructures et le développement agricole durable. Derrière ces annonces se dessine une stratégie de repositionnement économique. Un signal fort aux investisseurs.

La renationalisation d’Eneo, un choix stratégique pour l’Etat camerounais acté le 10 février 2026, par le rachat  des 51 % de parts détenues par le fonds Actis dans Eneo, pour 78 milliards de FCFA. Il détient désormais 95 % du capital de l’entreprise, les 5 % restants étant réservés aux employés. Au-delà du symbole, cette opération traduit une volonté de reprendre le contrôle d’un secteur stratégique. L’électricité demeure un levier central de compétitivité pour l’industrie et les PME. Les autorités annoncent une modernisation du réseau et une réduction des pertes techniques et commerciales.

Pour les investisseurs, le signal est double : d’un côté, un renforcement de la souveraineté publique dans un secteur clé ; de l’autre, l’ouverture d’un chantier de restructuration qui nécessitera expertise, financements et partenariats techniques. La nomination prochaine d’une nouvelle équipe dirigeante sera déterminante pour crédibiliser cette transition.

Egis et la création d’Infras : la recomposition du paysage infrastructurel

Le groupe Egis a annoncé la cession de six de ses filiales africaines à une nouvelle entité indépendante, Infras, basée à Casablanca. Présente notamment au Cameroun, cette structure regroupera plus de 500 collaborateurs. Cette opération s’inscrit dans une logique de recentrage stratégique d’Egis sur les grands projets d’ingénierie et de concession. Pour le marché africain, elle traduit une maturité croissante des acteurs locaux et régionaux capables de reprendre des activités et d’assurer la continuité opérationnelle sans rupture. La stabilité annoncée des emplois et des contrats constitue un élément rassurant dans un contexte où la visibilité demeure un facteur clé pour les partenaires internationaux.

Concilier développement agricole et préservation du patrimoine forestier

Parallèlement, le lancement de quatre projets pilotes financés à hauteur de 60 millions USD dans le cadre du partenariat avec l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI) marque une inflexion vers une économie plus durable. Ces projets combinent intensification agricole, aménagement du territoire et protection des forêts du bassin du Congo. L’enjeu est stratégique : accroître la productivité agricole tout en réduisant la pression sur les écosystèmes.

Pour le climat des affaires, cette orientation vers une agriculture durable et traçable peut renforcer l’accès aux marchés internationaux, notamment européens, de plus en plus exigeants en matière environnementale.

Entre souveraineté et attractivité

Les autorités  camerounaises rechercehnt un équilibre entre affirmer la souveraineté dans les secteurs stratégiques, maintenir l’attractivité du pays pour les investisseurs privés et intégrer davantage les standards environnementaux internationaux. Reste désormais la question clé : la gouvernance et l’exécution. Car au-delà des annonces, c’est la capacité à moderniser les infrastructures, sécuriser l’énergie et améliorer le cadre réglementaire qui déterminera la perception du Cameroun auprès des investisseurs régionaux et internationaux.

Dans un contexte africain marqué par la concurrence des capitaux et des partenaires stratégiques, Yaoundé semble vouloir repositionner son modèle de croissance autour d’un triptyque : contrôle, modernisation et durabilité.

Carmen Féviliyé

mm
A propos CARMEN FEVILIYE 942 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France